Introduction
Le désert du Karakoum, dont le nom signifie littéralement 'Sable Noir' en turkmène, est une immense étendue aride qui constitue le cœur géographique et écologique du Turkménistan. S'étendant sur environ 350 000 km², il représente l'une des régions désertiques les plus significatives d'Asie centrale, séparant les chaînes de montagnes du Kopet-Dag au sud des anciens rivages de la mer d'Aral au nord. Plus qu'un simple espace vide, le Karakoum est un paysage dynamique aux multiples visages, allant des ergs de sable sombre aux plateaux argileux craquelés, et abrite une histoire humaine riche liée aux caravanes et aux empires nomades.
Description
Le Karakoum est principalement un désert de sable (erg), mais il comprend également des zones de désert de pierre (reg) et d'argile (takyr). Sa caractéristique la plus frappante est la teinte sombre de ses sables, due à la présence de particules issues de l'érosion de roches sombres des montagnes environnantes, mélangées à des dépôts de limon. Le désert est traversé par le célèbre canal du Karakoum, l'un des plus longs canaux d'irrigation au monde (environ 1 375 km), construit à l'époque soviétique pour amener l'eau de l'Amou-Daria vers Achgabat et les terres agricoles. Le paysage est dominé par des dunes de type barkhanes, dont certaines peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Le climat est fortement continental, avec des étés torrides dépassant 50°C et des hivers froids où le mercure peut descendre sous zéro. Les précipitations sont extrêmement rares, ne dépassant pas 150 mm par an.
Histoire
Le Karakoum a été habité et traversé depuis des millénaires. Il a longtemps constitué une barrière naturelle, mais aussi un corridor pour les peuples nomades. Ses oasis périphériques, comme celle de Merv (classée au patrimoine mondial de l'UNESCO), furent des centres urbains et culturels majeurs de l'Antiquité et du Moyen Âge, situés sur la Route de la Soie. Ces cités étaient des carrefours d'échanges entre la Perse, la Chine et l'Europe. La région fut successivement dominée par les empires achéménide, parthe, sassanide, arabe, seldjoukide, mongol (après les conquêtes de Gengis Khan), et enfin par les Turkmènes. L'annexion par l'Empire russe au 19ème siècle, puis l'intégration à l'URSS, ont profondément modifié le désert, avec la sédentarisation forcée des tribus nomades, l'exploration géologique et la construction d'infrastructures massives comme le canal du Karakoum, avec des conséquences environnementales majeures.
Caracteristiques
Parmi les caractéristiques notables du Karakoum figure la Dépression du Karakoum, une vaste zone située au nord-ouest du désert, connue pour son point le plus bas et son paysage lunaire. Le désert abrite également le cratère de Darvaza, surnommé la 'Porte de l'Enfer', un champ gazier qui brûle en continu depuis 1971 après un effondrement lors de travaux de forage soviétiques, devenu une attraction touristique surréaliste. La faune et la flore, bien qu'adaptées à l'aridité, sont présentes : on y trouve le saxaoul, un arbre crucial pour la fixation des dunes, des gazelles, le varan du désert, le fennec, et diverses espèces de reptiles et d'arthropodes. Les takyrs, plaines d'argile durcie et craquelée, retiennent brièvement l'eau de pluie et permettent le développement d'une végétation éphémère.
Importance
Le Karakoum est d'une importance capitale pour le Turkménistan, tant sur le plan économique qu'écologique. Il recèle d'immenses réserves de ressources naturelles, notamment de gaz naturel (le pays est l'un des plus grands producteurs mondiaux) et de pétrole. Le désert influence directement le climat de toute la région. Cependant, son importance est aussi synonyme de défis environnementaux. La construction du canal du Karakoum et l'irrigation intensive pour la culture du coton ont gravement affecté l'hydrologie régionale, contribuant à l'assèchement de la mer d'Aral, l'une des plus grandes catastrophes écologiques causées par l'homme. La désertification et la salinisation des sols sont des problèmes persistants. Aujourd'hui, le désert représente à la fois un symbole de l'identité turkmène, un réservoir de ressources, un laboratoire pour l'étude des environnements extrêmes et un rappel des conséquences d'une gestion non durable des écosystèmes fragiles.
