Introduction
Sanaa, perchée à plus de 2 200 mètres d'altitude dans les montagnes de l'ouest du Yémen, est une capitale qui semble hors du temps. Plus qu'une simple ville administrative, elle est le cœur historique, culturel et spirituel du pays. Son paysage urbain extraordinaire, caractérisé par des immeubles-tours aux façades ornées de gypserie blanche, lui confère une beauté fragile et unique, témoin d'un savoir-faire architectural millénaire. Capitale d'un État en proie à une guerre civile dévastatrice depuis 2014, Sanaa incarne aujourd'hui la résilience d'un patrimoine en sursis face aux conflits et aux menaces de destruction.
Description
La ville se divise en deux parties distinctes : la Vieille Ville (Al-Qadeema), ceinte d'anciens remparts d'argile, et les quartiers modernes qui se sont développés au-delà. La Vieille Ville, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1986, compte près de 6 000 maisons-tours, certaines datant du XIe siècle. Ces bâtiments de plusieurs étages, construits en terre crue (pisé) et en briques cuites, sont ornés de frises géométriques blanches autour des fenêtres, un style décoratif typique du Yémen. Les fenêtres à vitraux (qamariyas), souvent en albâtre, diffusent une lumière colorée et tamisée à l'intérieur. Le souk principal, le Souk Al-Milh (marché au sel), est un labyrinthe animé où se vendent des épices, des tissus, de l'argent et du qat, une feuille légèrement stimulante largement consommée. La mosquée Al-Jami' al-Kabir (la Grande Mosquée), fondée du vivant du prophète Mahomet, est l'un des plus anciens lieux de culte musulman au monde.
Histoire
La légende fait remonter la fondation de Sanaa à Shèm, fils de Noé. Historiquement, elle émerge comme un centre important du royaume de Sabà (Sheba) vers le VIe siècle avant J.-C., contrôlant les routes de l'encens et des aromates. Elle devient un bastion chrétien au IVe siècle, puis passe sous domination himyarite. La conquête islamique au VIIe siècle marque un tournant, faisant de Sanaa un pilier de la propagation de la nouvelle religion. Elle connaît son âge d'or sous les dynasties rasoulide (XIIIe-XVe siècles) et surtout zaidite (à partir du IXe siècle), qui en font leur capitale politique et spirituelle. Les Ottomans l'occupent à deux reprises (XVIe et XIXe siècles). En 1918, elle devient la capitale du royaume mutawakkilite du Yémen, puis de la République arabe du Yémen (Yémen du Nord) en 1962. En 1990, avec l'unification du Yémen du Nord et du Yémen du Sud, Sanaa est désignée capitale de la République du Yémen. Depuis 2014, elle est sous le contrôle des rebelles Houthis, devenant l'épicentre d'un conflit majeur qui a plongé le pays dans une crise humanitaire catastrophique.
Caracteristiques
L'architecture vernaculaire de Sanaa est sa caractéristique la plus frappante. Les maisons-tours, pouvant atteindre neuf étages, répondent à des besoins défensifs et sociaux (séparation des espaces hommes/femmes) tout en optimisant l'espace dans une vallée encaissée. Leur construction en terre offre une isolation thermique exceptionnelle, gardant la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. La ville est aussi caractérisée par ses nombreux jardins (bustans) et ses systèmes anciens d'approvisionnement en eau. Sur le plan démographique, Sanaa a connu une croissance explosive au XXe siècle, passant d'environ 60 000 habitants dans les années 1960 à près de 4 millions aujourd'hui (estimation), entraînant une pression énorme sur ses infrastructures et son patrimoine. Le climat est de type désertique tempéré par l'altitude, avec des journées chaudes et des nuits fraîches.
Importance
Sanaa est d'une importance capitale à plusieurs titres. Historiquement, elle est un carrefour des civilisations de la péninsule Arabique et un témoin vivant de l'histoire pré-islamique et islamique. Culturellement, sa vieille ville est un chef-d'œuvre d'architecture humaine et un réservoir unique de savoir-faire traditionnels. Son plan médiéval et ses bâtiments sont étudiés par les historiens de l'art et les architectes du monde entier. Spirituellement, en tant que centre du zaidisme (une branche du chiisme), elle possède une grande influence religieuse. Politiquement, elle reste le sìge symbolique du pouvoir au Yémen, même en temps de guerre. Malheureusement, son importance patrimoniale est aujourd'hui contrebalancée par sa vulnérabilité extrême. La ville est sur la liste du patrimoine mondial en péril depuis 2015, menacée par les bombardements, le manque d'entretien, le développement anarchique et les risques naturels. Sa préservation est un enjeu pour l'humanité tout entière.
