Introduction
Nicosie, connue localement sous le nom de Lefkosia, est une ville à la fois ancienne et profondément marquée par les conflits contemporains. Située au centre de l'île de Chypre, sur les rives de la rivière Pedieos, elle est la capitale de la République de Chypre, reconnue internationalement, et le siège du gouvernement de la République turque de Chypre du Nord, non reconnue. Sa singularité réside dans sa division par la 'Ligne Verte', une zone tampon contrôlée par l'ONU qui la coupe en deux depuis l'invasion turque de 1974, faisant d'elle la dernière capitale divisée d'Europe et du monde.
Description
La ville s'organise en cercles concentriques autour de son noyau historique, la vieille ville fortifiée par les Vénitiens au XVIe siècle. Cette dernière est entourée de murailles en forme d'étoile à onze bastions, dont certains sont bien préservés. À l'intérieur des murs, un labyrinthe de ruelles abrite des monuments historiques, des églises byzantines, des mosquées et des bâtiments de l'époque ottomane. La partie sud, contrôlée par la République de Chypre, est la plus étendue et la plus développée, avec des quartiers modernes, des institutions gouvernementales, une université et une vie économique dynamique. La partie nord, sous administration turco-chypriote, possède son propre centre-ville autour de la place Atatürk et de la mosquée Selimiye, ancienne cathédrale Sainte-Sophie. Malgré la division, plusieurs points de passage permettent désormais la circulation des personnes entre les deux secteurs.
Histoire
Fondée vers le VIIe siècle avant J.-C. sous le nom de Ledra, Nicosie a connu une succession de dominations : byzantine, franque (Lusignan), vénitienne, ottomane (à partir de 1571) et britannique (à partir de 1878). Elle devint la capitale de l'île sous les Lusignans au XIIe siècle. La période vénitienne lui a légué ses impressionnantes murailles défensives. La domination ottomane a profondément transformé son paysage urbain et religieux, convertissant de nombreuses églises en mosquées. Sous le mandat britannique, la ville s'est étendue au-delà des murailles. Les tensions intercommunautaires entre Chypriotes grecs et turcs après l'indépendance en 1960 ont culminé avec les violences de 1963-64 et l'invasion turque de 1974, qui a entraîné la partition de facto de l'île et de sa capitale. La 'Ligne Verte', matérialisée par des barricades, des murs et des sacs de sable, a coupé la ville en deux jusqu'à l'ouverture progressive des points de passage à partir de 2003.
Caracteristiques
Nicosie présente un visage double et contrasté. Son patrimoine architectural est un mélange unique de styles : gothique (cathédrale Saint-Jean), byzantin (église de Chrysaliniotissa), vénitien (murailles, Porte de Famagouste) et ottoman (caravansérails de Büyük Han et Kumarcılar Han, mosquées). La ville est un centre universitaire majeur avec l'Université de Chypre et d'autres établissements. Sur le plan linguistique et culturel, le grec et le turc dominent respectivement dans chaque secteur, avec l'anglais largement utilisé. Son économie est centrée sur les services, la finance, le commerce et l'administration publique. Le climat est méditerranéen semi-aride, avec des étés très chauds et secs et des hivers doux.
Importance
Nicosie est d'une importance capitale à plusieurs titres. Politiquement, elle est le symbole vivant et douloureux du conflit chypriote non résolu, faisant l'objet d'une attention constante de la part de l'ONU et de l'Union européenne. Elle abrite les principales institutions de la République de Chypre, membre de l'UE depuis 2004 (bien que l'acquis communautaire soit suspendu dans le nord). Culturellement, elle est un carrefour historique entre l'Europe et le Moyen-Orient, ce qui se reflète dans son patrimoine. Sa division en fait un cas d'étude unique en géopolitique et en urbanisme des villes divisées. Enfin, elle joue un rôle économique central pour l'île, concentrant une grande partie de l'activité, bien que la partition ait entravé son développement harmonieux et créé des déséquilibres.
