Khartoum

Khartoum est la capitale et la plus grande ville du Soudan, située au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu. Fondée dans les années 1820, elle a été le centre du pouvoir colonial anglo-égyptien et est aujourd'hui le cœur politique, économique et culturel du pays, bien que marquée par des conflits récurrents.

Introduction

Khartoum, dont le nom dériverait de l'arabe "Racine d'éléphant" (al-Khurtūm) en référence à la forme de la péninsule au confluent des deux Nils, est une capitale africaine majeure au passé tumultueux. Elle incarne à la fois l'héritage des grands sultanats nilotiques, la période coloniale et les défis d'un État moderne en proie à des tensions internes. Sa position stratégique en a fait un carrefour commercial et militaire historique.

Description

La métropole de Khartoum est en réalité une conurbation de trois villes : Khartoum proprement dite (la capitale administrative), Omdourman (la ville historique et culturelle, la plus peuplée) sur la rive ouest du Nil, et Khartoum Nord (Bahri) sur la rive nord du Nil Bleu. Cette agglomération, peuplée de plusieurs millions d'habitants, s'étend dans une région semi-désertique. Le paysage urbain est contrasté, mêlant bâtiments gouvernementaux modernes, marchés traditionnels animés comme le souk d'Omdourman, et de vastes quartiers informels. Le confluent des Nils, connu sous le nom d'Al-Mogran, est un site géographique emblématique où les eaux claires du Nil Blanc et les eaux boueuses du Nil Bleu coulient côte à côte avant de se mélanger pour former le Nil unique.

Histoire

L'histoire moderne de Khartoum commence en 1821, lorsqu'elle est fondée comme camp militaire par le fils du khédive d'Égypte, Méhémet Ali, qui étendait son empire vers le sud. Elle devient rapidement un centre de commerce, notamment de la traite des esclaves. Sa notoriété historique est marquée par le siège et la chute de la ville en 1885 aux mains des forces mahdistes du Muhammad Ahmad, qui aboutit à la mort du gouverneur britannique, le Général Charles Gordon. Les mahdistes en firent leur capitale jusqu'en 1898, date à laquelle une expédition anglo-égyptienne dirigée par Lord Kitchener la reprit, écrasant les mahdistes à la bataille d'Omdourman. Sous le condominium anglo-égyptien (1899-1956), Khartoum fut reconstruite selon un plan en damier et devint la capitale du Soudan, rôle qu'elle conserva après l'indépendance en 1956. Le XXe et le XXIe siècles sont marqués par des coups d'État militaires, des guerres civiles et, plus récemment, le conflit dévastateur qui a éclaté en avril 2023 entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide, causant d'immenses destructions et un exode massif de sa population.

Caracteristiques

Khartoum est caractérisée par son climat désertique chaud, avec des températures extrêmes et des précipitations très faibles. Son économie, autrefois dynamique, reposait sur le commerce, les services, les institutions gouvernementales et certaines industries légères. La ville abrite les principales institutions du pays : le palais présidentiel, le parlement, les ministères et la Banque centrale. Elle est aussi un pôle éducatif avec l'Université de Khartoum, la plus ancienne et prestigieuse du Soudan, fondée en 1902 sous le nom de Gordon Memorial College. Culturellement, elle est un creuset des différentes ethnies et cultures soudanaises, avec une vie artistique et musicale riche (notamment la musique Haqiba et les chants soufis). L'architecture témoigne de différentes époques : bâtiments coloniaux britanniques, maisons en briques de terre, mosquées traditionnelles et immeubles modernes.

Importance

Khartoum a été le centre névralgique du pouvoir au Soudan depuis plus d'un siècle. Elle a joué un rôle crucial dans la politique régionale, accueillant le siège de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) de 1978 à 2002 et étant un acteur dans les relations souvent tendues avec l'Égypte et le Soudan du Sud. Son importance géopolitique est liée au contrôle des ressources hydriques du Nil. La ville est également un symbole des résistances et des transformations soudanaises, des révoltes populaires de 1964 et 1985 au soulèvement de 2019 qui a conduit à la chute du régime d'Omar el-Béchir. Le conflit actuel qui la ravage depuis 2023 a non seulement causé une catastrophe humanitaire majeure, mais a aussi redéfini son importance immédiate, la transformant en champ de bataille et en épicentre d'une crise qui menace la stabilité de toute la région.

Anecdotes

Le fantôme de Gordon Pacha

La légende populaire raconte que le fantôme du Général Charles Gordon, tué sur les marches du palais en 1885, hanterait les lieux. Certains prétendent que son esprit est apparu à Lord Kitchener lors de la reconquête de la ville en 1898.

Le plan en drapeau de l'Union Jack

Après la reconquête de 1898, Lord Kitchener aurait ordonné que le plan de la nouvelle Khartoum soit dessiné en forme d'Union Jack britannique. En réalité, le plan en damier avec des diagonales, conçu par des ingénieurs, comportait effectivement des avenues diagonales qui, vues du ciel, pouvaient évoquer vaguement le drapeau, mais il s'agissait surtout d'un plan pratique pour le contrôle militaire et la ventilation.

Les "deux" Nils qui ne se mélangent pas

Au confluent d'Al-Mogran, le Nil Bleu, chargé de sédiments, et le Nil Blanc, aux eaux plus claires, peuvent couler sur plusieurs kilomètres sans se mélanger complètement, créant un phénomène de lignes de démarcation visibles. Cette particularité est due à des différences de densité et de température.

La momie inattendue

En 2003, lors de travaux dans le jardin du palais présidentiel (ancien palais du Gouverneur), les ouvriers ont découvert une momie égyptienne antique vieille de plus de 2000 ans. Elle avait probablement été rapportée comme curiosité ou cadeau au XIXe siècle et oubliée.

Sources

  • Encyclopædia Britannica - Khartoum
  • BBC News - Soudan : l'histoire tumultueuse de Khartoum
  • National Geographic - Le Confluent des Nils
  • University of Durham - Historical Studies on Sudan
  • Reuters - Reporting on the 2023 Sudan conflict
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