Introduction
Achgabat, dont le nom signifie "ville de l'amour" en persan, est une capitale singulière et énigmatique, souvent décrite comme la "ville de marbre blanc" en raison de ses nombreux bâtiments gouvernementaux recouverts de ce matériau précieux. Capitale du Turkménistan, l'un des pays les plus isolés au monde, elle incarne la volonté de grandeur et le culte de la personnalité de ses dirigeants successifs, notamment l'ancien président à vie Saparmourat Niazov (Turkmenbachi) et son successeur. Son urbanisme rectiligne, ses parcs immaculés et ses monuments extravagants contrastent avec son environnement désertique et son histoire marquée par une tragédie majeure.
Description
Achgabat est située dans la plaine du désert du Karakoum, au pied des montagnes du Kopet-Dag. Son climat est continental aride, avec des étés extrêmement chauds et des hivers relativement doux. La ville est organisée selon un plan en damier, avec de larges avenues bordées de bâtiments publics imposants et de fontaines. L'architecture est un mélange éclectique de styles néo-classique, soviétique et nationaliste turkmène, avec une omniprésence du marbre blanc importé. Parmi les édifices les plus remarquables figurent le Palais présidentiel (Oguzkhan), la tour de la télévision (avec une étoile tournante), le monument de la Neutralité (démonté et déplacé en 2010) et la mosquée Türkmenbaşy Ruhy, l'une des plus grandes d'Asie centrale. La ville abrite également le Musée national du Tapis, célébrant l'artisanat traditionnel turkmène. Malgré son apparence luxueuse, la ville est peu peuplée (environ 1 million d'habitants) et ses larges artères sont souvent étrangement vides de circulation et de piétons.
Histoire
L'histoire d'Achgabat est relativement récente. Elle fut fondée en 1881 comme forteresse russe sur les ruines du village d'Aşgabat, situé sur la route de la soie. Elle devint le centre administratif de l'oblast transcaspien de l'Empire russe. En 1919, elle fut brièvement renommée Poltoratsk, avant de retrouver son nom d'origine en 1927. Elle devint la capitale de la République socialiste soviétique du Turkménistan en 1924. La ville fut presque entièrement détruite le 6 octobre 1948 par un tremblement de terre catastrophique de magnitude 7,3, qui tua entre 60 000 et 110 000 personnes, soit les deux tiers de sa population. Reconstruite durant l'ère soviétique, elle prit son essor après l'indépendance du Turkménistan en 1991. Sous le règne de Saparmourat Niazov (1991-2006), la ville fut transformée en vitrine de son régime, avec la construction de monuments grandioses à sa gloire et celle de la nation turkmène. Son successeur, Gourbangouly Berdimouhamedov, a poursuivi cette politique de grands travaux, ajoutant de nouveaux complexes sportifs, hôteliers et de loisirs.
Caracteristiques
Achgabat se distingue par plusieurs caractéristiques uniques. Elle détient le record Guinès du plus haut nombre de bâtiments publics recouverts de marbre blanc (543 édifices en 2013). C'est également l'une des capitales les plus fermées au monde, où l'accès des étrangers est strictement contrôlé et où la photographie de nombreux bâtiments est interdite. La ville est extrêmement propre et ordonnée, avec des règles sociales strictes (interdiction de fumer en public, conduite de voitures sales). Son économie est largement tributaire des exportations de gaz naturel, dont les revenus financent les projets pharaoniques. Sur le plan culturel, elle met en avant le patrimoine turkmène, notamment à travers le cheval Akhal-Téké, célébré par un monument équestre géant au centre-ville. La ville est aussi un centre administratif et éducatif, bien que la liberté d'expression y soit très limitée.
Importance
Achgabat est le centre politique, administratif et culturel incontesté du Turkménistan. Son importance dépasse cependant les frontières nationales. Elle symbolise la politique de neutralité permanente adoptée par le pays, abritant le siège de l'Organisation des Nations unies pour la prévention des catastrophes naturelles en Asie centrale. Sa localisation stratégique, près des frontières iranienne et afghane, en fait un acteur potentiel dans les questions de sécurité et de transit énergétique régionales. La ville est aussi un témoignage architectural des régimes post-soviétiques autoritaires et de leur utilisation de l'urbanisme comme outil de propagande. Pour le Turkménistan, Achgabat est la vitrine d'une nation cherchant à affirmer sa souveraineté et son identité distincte, tout en restant isolée de nombreuses influences extérieures.
