Postmodernisme

Le postmodernisme en architecture est un mouvement apparu dans les années 1960-1970 en réaction à la rigueur et à l'austérité du modernisme. Il se caractérise par un retour à l'ornement, à l'humour, à l'éclectisme et à des références historiques, souvent citées de manière ironique ou décalée. Ce style prône une architecture plus communicative et contextuelle, intégrant des éléments populaires et symboliques.

Introduction

L'architecture postmoderniste émerge comme une critique radicale des dogmes du Mouvement Moderne, incarné par des figures comme Le Corbusier et Mies van der Rohe. Lassés du fonctionnalisme pur, de l'universalisme et du rejet de l'histoire prônés par le modernisme, les architectes postmodernes cherchent à réintroduire la complexité, la contradiction, le symbolisme et le dialogue avec le contexte historique et culturel. Le mouvement, qui atteint son apogée dans les années 1980, utilise souvent la citation, la parodie et le collage pour créer des bâtiments à la fois familiers et surprenants.

Description

L'architecture postmoderniste se définit moins par un ensemble de formes fixes que par une attitude et une méthodologie. Elle rejette l'idée moderniste d'une 'vérité' unique de la forme suivant la fonction. À la place, elle embrasse la pluralité des significations et des styles. Les bâtiments postmodernes dialoguent activement avec leur environnement, qu'il soit urbain ou historique, en incorporant des éléments reconnaissables du répertoire classique (frontons, colonnes, arcs) ou vernaculaire, mais en les traitant de manière souvent fragmentée, colorée ou exagérée. L'humour et l'ironie sont des outils conceptuels majeurs, utilisés pour désacraliser l'architecture et la rendre plus accessible au grand public. Le mouvement est également marqué par un intérêt pour la communication, considérant la façade comme un 'écrit' ou un 'signe' adressé à la ville.

Histoire

Les prémices théoriques du postmodernisme apparaissent dans les années 1960. L'essai 'Complexité et Contradiction en Architecture' (1966) de Robert Venturi est souvent considéré comme le manifeste fondateur, avec son célèbre aphorisme 'Less is a bore' ('Moins, c'est ennuyeux'), réponse au 'Less is more' de Mies van der Rohe. Le livre 'Learning from Las Vegas' (1972) de Venturi, Denise Scott Brown et Steven Izenour, célèbre l'architecture commerciale et la signalétique comme sources d'inspiration légitimes. Dans les années 1970, des architectes comme Charles Moore (Piazza d'Italia à La Nouvelle-Orléans, 1978), Michael Graves (Portland Building, 1982) et Philip Johnson (AT&T Building à New York, 1984, avec son fronton 'Chippendale' célèbre) donnent au mouvement une visibilité internationale. Le postmodernisme devient le style dominant de l'architecture commerciale et institutionnelle dans les années 1980, avant de décliner face aux critiques d'historicisme superficiel et de céder la place à des courants comme le déconstructivisme et l'architecture high-tech à partir des années 1990.

Caracteristiques

1. **Éclectisme et citations historiques** : Emprunt et réinterprétation d'éléments de styles passés (classique, gothique, baroque, art déco) souvent détournés de leur contexte originel. 2. **Ornement et symbolisme** : Retour de l'ornementation, non comme simple décoration, mais comme porteur de sens et de référence culturelle. 3. **Couleur et matériaux variés** : Utilisation de couleurs vives, contrastées et de matériaux comme la pierre, la brique, le stuc, le verre teinté, rompant avec la palette monochrome du béton, de l'acier et du verre moderniste. 4. **Formes fragmentées et collages** : Composition par agrégation d'éléments disparates, créant une impression de complexité et parfois de désordre contrôlé. 5. **Humour, ironie et jeu** : Recours à la déformation, à l'exagération (surdimensionnement d'éléments) et à la parodie pour créer un effet de distanciation. 6. **Contextualisme** : Volonté de s'insérer dans le tissu existant, en répondant à l'échelle, aux matériaux ou aux formes du voisinage, même de manière critique. 7. **Double codage** : Concept clé théorisé par Charles Jencks, désignant la capacité d'un bâtiment à communiquer à la fois avec le public (par des références familières) et avec les architectes (par des citations savantes).

Importance

Le postmodernisme a eu un impact profond en brisant l'hégémonie du modernisme et en élargissant radicalement le vocabulaire architectural acceptable. Il a réhabilité l'histoire, l'ornement et la communication populaire comme sujets légitimes de la discipline. Il a également influencé d'autres domaines comme le design, la littérature et les arts visuels. Bien que souvent critiqué pour son historicisme parfois kitsch et commercial, son héritage persiste dans l'acceptation contemporaine de la pluralité des styles et dans l'importance accordée au contexte et à la narration dans l'architecture. Il a ouvert la voie à une ère de 'stylistic pluralism' où aucune doctrine unique ne domine.

Anecdotes

Le fronton Chippendale de l'AT&T Building

Lorsque Philip Johnson a dévoilé les plans de l'AT&T Building (aujourd'hui Sony Tower) à New York en 1978, le fronton brisé de 8 étages au sommet du gratte-ciel a provoqué un scandale. Sa ressemblance avec le dessus d'une commode de style Chippendale du XVIIIe siècle a été perçue comme une provocation ultime contre la sévérité des boîtes de verre modernistes. Ce détail est devenu l'icône du postmodernisme, symbolisant son recours à l'ornement historique de manière ironique et monumentale.

La Piazza d'Italia de Charles Moore

Construite à La Nouvelle-Orléans en 1978 pour la communauté italo-américaine, la Piazza d'Italia est un manifeste postmoderniste en plein air. C'est un collage exubérant de colonnes classiques en acier inoxydable brillant, d'arches en néon, de jets d'eau et de cartes de l'Italie en pavés colorés. Elle cite l'histoire romaine et la Renaissance de manière joyeusement désinvolte et théâtrale, créant un espace public à la fois familier et fantastique, démontrant la capacité du mouvement à créer une architecture festive et identitaire.

La réaction de Mies van der Rohe (hypothétique)

Une anecdote souvent racontée, bien qu'apocryphe, illustre le choc des générations. On prétend que le moderniste Ludwig Mies van der Rohe, voyant les plans colorés et ornés d'un bâtiment postmoderniste, aurait simplement grogné : 'C'est une blague ?' Cette histoire, même inventée, capture l'essence du conflit entre la pureté abstraite du 'Less is more' et l'exubérance communicative du 'Less is a bore' postmoderniste.

Sources

  • Venturi, Robert. 'Complexity and Contradiction in Architecture'. The Museum of Modern Art, 1966.
  • Jencks, Charles. 'The Language of Post-Modern Architecture'. Rizzoli, 1977.
  • Venturi, Robert; Scott Brown, Denise; Izenour, Steven. 'Learning from Las Vegas'. MIT Press, 1972.
  • Klotz, Heinrich. 'The History of Postmodern Architecture'. MIT Press, 1988.
  • Architectural Review & Journal of Architectural Education (articles des années 1970-1990).
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