Introduction
L'architecture romaine, qui s'épanouit de la République (509-27 av. J.-C.) à la chute de l'Empire d'Occident (476 ap. J.-C.), est bien plus qu'un style esthétique. C'est l'expression technique et politique d'une civilisation qui a cherché à organiser, unifier et impressionner son vaste territoire. En synthétisant les apports étrusques (l'arc, la voûte) et grecs (les ordres architecturaux, le marbre), les Romains ont créé un langage architectural nouveau, fondé sur l'ingénierie et dédié à la grandeur de Rome et de ses empereurs.
Description
L'architecture romaine se distingue par son approche révolutionnaire de l'espace et de la structure. Alors que l'architecture grecque classique privilégiait le système poste-linteau (colonnes et architraves), les Romains ont exploité systématiquement les possibilités de l'arc, de la voûte (en berceau, d'arêtes) et du dôme, permettant de couvrir de vastes espaces sans supports intermédiaires. Cette maîtrise technique fut rendue possible par l'invention d'un béton hydraulique (opus caementicium) exceptionnellement résistant et malléable, composé de chaux, de pouzzolane et de cailloux. Ce matériau, coulé dans des coffrages, permit de construire plus vite, plus grand et à moindre coût, et de réaliser des formes courbes complexes. L'architecture romaine est aussi une architecture de l'utilité publique et du spectacle, conçue pour la vie urbaine : forums, basiliques (bâtiments administratifs et judiciaires), thermes, amphithéâtres, cirques, aqueducs et réseaux routiers.
Histoire
L'architecture romaine évolue en plusieurs phases. Sous la République, elle est influencée par les Étrusques (temples sur haut podium) et, après les conquêtes, par l'Hellénisme. L'époque d'Auguste (27 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.) marque un « âge d'or » où l'emploi du marbre se généralise et où un style classique se codifie. L'apogée technique et monumentale est atteint sous la dynastie des Flaviens (Colisée) et surtout sous Hadrien (117-138 ap. J.-C.), avec le Panthéon et sa coupole parfaite. Le Bas-Empire (à partir du IIIe siècle) voit une évolution vers des formes plus massives et une décoration plus abstraite, préfigurant l'art paléochrétien et byzantin. L'architecture romaine se perpétue dans l'Empire d'Orient (Byzance) et influence profondément la Renaissance, le Néoclassicisme et l'architecture moderne.
Caracteristiques
1. **Innovations techniques** : Usage systématique de l'arc, de la voûte et du dôme ; invention et perfectionnement du béton romain (opus caementicium). 2. **Typologies de bâtiments** : Développement de programmes spécifiques : amphithéâtre (Colisée), thermes (Thermes de Caracalla), basilique civile, temple à plan centré (Panthéon), arc de triomphe, aqueduc. 3. **Ordres architecturaux** : Reprise et adaptation des ordres grecs (dorique, ionique, corinthien), avec une prédilection pour le corinthien et l'invention de l'ordre composite (mélange d'ionique et de corinthien). Les ordres deviennent souvent décoratifs (colonnes engagées). 4. **Plan et spatialité** : Privilège des plans axiaux et symétriques, et des espaces intérieurs vastes et unifiés. 5. **Décor** : Fresques murales (styles pompéiens), mosaïques, stucs, et un emploi abondant du marbre de couleur. 6. **Ingénierie civile** : Réseaux sophistiqués de routes, ponts, aqueducs et égouts (Cloaca Maxima).
Importance
L'architecture romaine est un pilier de la civilisation occidentale. Son héritage est triple : technique (les principes de l'arc et de la voûte, le béton), urbanistique (le plan en damier des villes, les infrastructures publiques) et symbolique (l'architecture comme outil de propagande et de cohésion sociale). Elle a fourni le vocabulaire de base à l'architecture paléochrétienne et byzantine, a été redécouverte avec ferveur à la Renaissance (Brunelleschi, Michel-Ange) et a inspiré les mouvements néoclassiques des XVIIIe et XIXe siècles. Son pragmatisme et son souci de l'utilité publique résonnent encore dans l'architecture contemporaine.
