Introduction
Né en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle et culminant au XIXe siècle, le style néogothique (ou Gothic Revival) est bien plus qu'une simple imitation du passé. Il incarne une réaction contre la rigueur classique et l'industrialisation, aspirant à retrouver les valeurs perçues comme authentiques et spirituelles du Moyen Âge. Ce mouvement, profondément lié au romantisme, a profondément marqué le paysage urbain et rural de l'Europe et de l'Amérique du Nord, redéfinissant l'idée même de l'architecture monumentale à l'ère moderne.
Description
Le néogothique ne se contente pas de copier servilement les modèles médiévaux. Il les réinterprète avec les techniques et les matériaux de son époque (comme la fonte ou l'acier), et souvent avec une liberté stylistique considérable. On distingue généralement deux phases : une première phase « pittoresque » ou « romantique » (fin XVIIIe - début XIXe), plus fantaisiste et décorative, associée à des châteaux et des folies, et une seconde phase « sérieuse » ou « haute » victorienne (à partir des années 1840), beaucoup plus rigoureuse et érudite, basée sur une étude archéologique approfondie des modèles médiévaux, notamment du gothique du XIIIe siècle (High Gothic). Cette seconde phase, menée par des figures comme Augustus Pugin et Eugène Viollet-le-Duc, prônait l'honnêteté structurelle et la fonctionnalité des éléments décoratifs.
Histoire
Les prémices du néogothique apparaissent en Angleterre avec des bâtiments comme la Strawberry Hill House d'Horace Walpole (1749-1777), une villa transformée en château gothique fantaisiste. Le mouvement prend une dimension morale et nationale avec le livre d'Augustus Pugin, « Contrasts » (1836), qui oppose la prétendue décadence de l'architecture classique à la pureté chrétienne et sociale du gothique. En France, le mouvement est relancé par la restauration « stylistique » (et parfois inventive) de monuments médiévaux comme la Sainte-Chapelle ou Notre-Dame de Paris par Viollet-le-Duc. Le chantier emblématique du Parlement de Londres (Palace of Westminster, reconstruit après 1834) par Charles Barry et Pugin consacre le style comme architecture nationale britannique. Le style se diffuse mondialement, notamment aux États-Unis avec la cathédrale Saint-Patrick de New York ou le campus de l'Université Yale.
Caracteristiques
Les caractéristiques majeures incluent : 1) La verticalité accentuée, recherchant l'élan vers le ciel. 2) L'arc brisé (ogival) pour les ouvertures et les structures. 3) Les voûtes d'ogives complexes, souvent exposées. 4) Les arcs-boutants, fonctionnels ou décoratifs. 5) L'ornementation profuse : rosaces, remplages (tracés de pierre dans les fenêtres), gargouilles, chimères, pinacles et crochets. 6) Les plans souvent en croix latine pour les églises. 7) L'utilisation de matériaux variés (pierre, brique, fer) et l'importance des arts décoratifs associés (vitraux polychromes, mobilier sculpté, ferronnerie). 8) Une approche souvent polychrome, jouant sur les contrastes de couleurs des matériaux.
Importance
L'importance du néogothique est immense. Il a sauvé et restauré d'innombrables monuments médiévaux en ruine. Il a fourni un vocabulaire architectural pour exprimer la piété, la tradition et l'identité nationale dans un monde en rapide mutation. Il a influencé l'urbanisme (création de quartiers « médiévalisants ») et la conception des espaces publics (gares, universités, hôtels de ville). Philosophiquement, il a posé les bases des débats modernes sur la restauration (faut-il restituer ou conserver l'état existant ?) et a contribué, avec le mouvement Arts & Crafts, à la critique de l'industrialisation et à la revalorisation de l'artisanat. Son héritage se prolonge dans l'architecture fantastique (châteaux de parcs d'attractions) et dans certaines tendances de l'architecture post-moderne.
