Introduction
L'architecture moghole est l'expression monumentale du pouvoir et de la culture de l'Empire moghol, qui régna sur une grande partie de l'Inde du XVIe au XIXe siècle. Née de la rencontre entre les traditions constructives de l'Asie centrale islamique (Timourides) et le riche héritage architectural de l'Inde, elle a créé un langage esthétique unique, à la fois grandiose et raffiné. Ce style incarne l'apogée de l'art indo-islamique, synthétisant la géométrie et la calligraphie persanes avec la sensualité des matériaux et le sens décoratif indiens.
Description
L'architecture moghole est un art de cour, conçu pour glorifier l'empereur et sa dynastie. Elle se manifeste principalement dans des typologies spécifiques : les mausolées monumentaux, les mosquées impériales, les palais-forteresses (comme le Fort Rouge) et les jardins formels (charbagh). Les bâtiments sont conçus selon des principes de symétrie axiale stricte et d'harmonie géométrique. L'utilisation de la pierre rouge (grès) et du marbre blanc est emblématique, créant des contrastes saisissants. L'intégration du bâtiment dans son environnement, notamment via des reflets dans l'eau et des jardins, est une préoccupation majeure. L'ornementation, extrêmement riche, comprend la pierre dure incrustée (pietra dura), les stucs finement sculptés, les peintures murales et les calligraphies coraniques.
Histoire
Le style fut inauguré par le premier empereur moghol, Bâbur (r. 1526-1530), qui introduisit les jardins persans. Cependant, son véritable essor commence sous Akbar (r. 1556-1605), période de synthèse et d'expérimentation, visible à Fatehpur Sikri, où des éléments hindous (piliers sculptés, consoles) sont intégrés à des structures islamiques. Le style atteint sa maturité classique et sa plus grande pureté sous Jahângîr et surtout Shâh Jahân (r. 1628-1658), l'empereur bâtisseur par excellence. C'est à cette époque que le marbre blanc supplante le grès rouge, et que la décoration atteint son apogée de délicatesse, avec le Taj Mahal (1632-1648) comme chef-d'œuvre absolu. Sous le dernier grand empereur, Aurangzeb (r. 1658-1707), l'architecture devient plus austère et rigide (Mosquée Badshahi de Lahore), avant un déclin progressif avec l'affaiblissement de l'empire, laissant place à des styles régionaux dérivés.
Caracteristiques
1. **Dômes bulbeux ou oignons** : Emblématiques, souvent couronnés d'un finial (kalash) en forme de lotus. 2. **Minarets élancés** : Placés aux angles des bâtiments, ils accentuent la verticalité. 3. **Iwan monumentaux** : Voûtes en forme de portail, héritage persan, servant d'entrée majestueuse. 4. **Chattris** : Pavillons à dôme supportés par des piliers, d'origine rajput, utilisés en couronnement ou en kiosque. 5. **Jardins Charbagh** : Jardins quadripartites divisés par des canaux d'eau symbolisant les quatre fleuves du paradis. 6. **Symétrie bilatérale parfaite** : Axe central dominant tout le plan. 7. **Matériaux** : Grès rouge, marbre blanc, et utilisation sophistiquée de la pierre dure incrustée (pietra dura) pour des motifs floraux géométriques. 8. **Ornementation** : Calligraphie, arabesques, motifs végétaux stylisés (flore indienne et persane). 9. **Salles à colonnades** (Diwan-i-Khas et Diwan-i-Am) pour les audiences publiques et privées.
Importance
L'architecture moghole a profondément et durablement marqué le paysage du sous-continent indien. Elle a fixé un canon esthétique qui a influencé l'architecture régionale postérieure, comme le style Rajput des palais ou l'architecture des sultanats du Deccan. Elle représente l'apogée de la synthèse culturelle indo-islamique, démontrant une intégration réussie d'influences diverses en un langage cohérent et magnifique. Ses monuments, notamment le Taj Mahal, sont devenus des symboles universels de beauté et d'amour, attirant des millions de visiteurs et inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Enfin, elle a influencé l'architecture coloniale britannique (style indo-sarrasin) et continue d'inspirer les architectes contemporains.
