Introduction
L'architecture coloniale est un phénomène global et complexe, né de l'expansion européenne outre-mer. Elle ne constitue pas un style uniforme, mais un ensemble de traditions régionales où les canons architecturaux européens (espagnols, portugais, britanniques, français, néerlandais) ont été transposés, modifiés et réinterprétés en fonction des contraintes et des ressources des nouveaux territoires. Elle témoigne des échanges, des dominations et des métissages culturels engendrés par la colonisation.
Description
L'architecture coloniale se définit par sa nature hybride. Elle combine des éléments structurels, décoratifs et des plans d'origine européenne avec des techniques de construction, des matériaux (bois local, pierre de corail, pisé) et des dispositifs d'adaptation climatique (vérandas, patios, persiennes, toits à larges débords) empruntés aux cultures locales ou développés sur place. On distingue ainsi plusieurs grands foyers : l'architecture coloniale espagnole en Amérique latine, avec ses églises baroques et ses maisons à patio ; l'architecture coloniale portugaise au Brésil et en Afrique ; l'architecture coloniale britannique, plus sobre et géorgienne, en Amérique du Nord et en Inde ; l'architecture coloniale française, avec son classicisme et ses maisons à galeries dans les Antilles et en Indochine ; et l'architecture coloniale néerlandaise en Indonésie et en Afrique du Sud.
Histoire
Son histoire suit les vagues de la colonisation. Les premiers exemples (XVIe-XVIIe siècles) dans les Caraïbes et en Amérique latine sont souvent des constructions défensives et religieuses. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec l'établissement de colonies de peuplement et de comptoirs commerciaux, l'architecture civile (maisons de planteurs, bâtiments administratifs, maisons de ville) se développe. Le XIXe siècle voit l'apogée des empires coloniaux et une production architecturale plus monumentale et éclectique, intégrant parfois des références néo-gothiques ou néo-classiques. Le XXe siècle introduit des matériaux modernes (béton) tout en perpétuant certains codes esthétiques coloniaux, avant que les indépendances ne remettent en cause ce patrimoine symbolique.
Caracteristiques
Les caractéristiques varient selon la région et la puissance coloniale, mais on retrouve des traits récurrents : des plans symétriques et des volumes simples d'inspiration européenne ; l'utilisation de matériaux locaux (bois, brique, pierre) ; des toits à forte pente, souvent en tuiles, pour évacuer les pluies tropicales ; de larges galeries ou vérandas enveloppantes (appelées 'porches' dans le style colonial britannique nord-américain, 'galeries' dans le style français, 'corredores' en espagnol) pour la circulation d'air et la vie à l'ombre ; de hauts plafonds et de nombreuses ouvertures pour la ventilation ; des persiennes ('jalousies') pour protéger du soleil tout en laissant passer l'air ; un décor souvent sobre, mêlant parfois des motifs locaux (ferronnerie, menuiserie) à des éléments classiques (pilastres, frontons).
Importance
L'importance de l'architecture coloniale est à la fois historique, culturelle et urbaine. Elle constitue un témoignage matériel essentiel de l'histoire mondiale des cinq derniers siècles, de ses conflits et de ses échanges. D'un point de vue culturel, elle représente un patrimoine controversé mais incontournable, symbole de domination pour certains, de métissage et d'identité créole pour d'autres. Urbanistiquement, elle a structuré le plan de nombreuses villes (grid espagnol, places centrales, quartiers européens distincts des quartiers 'indigènes'). Aujourd'hui, cette architecture est souvent réhabilitée et valorisée pour le tourisme, tout en faisant l'objet de débats sur sa conservation et sa signification dans les sociétés post-coloniales.
