Introduction
Robert Doisneau est le chantre de la photographie humaniste française, un mouvement qui, après la Seconde Guerre mondiale, célébrait la dignité et la beauté de la vie quotidienne des gens ordinaires. Avec son Leica et son œil affûté, il a arpenté pendant plus de soixante ans les rues de Paris et les faubourgs de Montrouge, où il vécut, pour composer une chronique sensible, drôle et parfois mélancolique de son époque. Son travail, loin du sensationnalisme, est une ode à la poésie du banal et à la fraternité urbaine.
Description
L'œuvre de Doisneau est immense, comprenant près d'un demi-million de négatifs. Il a travaillé comme photographe industriel pour les usines Renault de 1934 à 1939, expérience qui forgea son regard sur le monde du travail. Après la guerre, il fut photographe indépendant pour des magazines comme 'Le Point', 'Vogue' ou 'Life', réalisant aussi des reportages et des portraits de célébrités (Picasso, Giacometti, Cendrars). Cependant, son cœur battait pour la rue. Ses images, souvent en noir et blanc, sont caractérisées par une composition rigoureuse, un jeu subtil avec les lumières de la ville et un sens inné de l'instant décisif, qu'il partageait avec son ami Henri Cartier-Bresson. Il photographiait les enfants jouant, les amoureux, les concierges, les bistrots, les marchés, les ateliers d'artisans, créant une cartographie affective de la France des Trente Glorieuses.
Histoire
Né en 1912 à Gentilly, Robert Doisneau étudie les arts graphiques à l'École Estienne et commence sa carrière comme graveur lithographe avant de se tourner vers la photographie. Engagé comme opérateur par le peintre André Vigneau en 1931, il découvre la photographie moderne. Son travail aux usines Renault est interrompu par la guerre ; il participe alors à la Résistance, fabriquant de faux papiers et photographiant l'Occupation et la Libération de Paris. La reconnaissance arrive après-guerre grâce à son association avec l'agence Rapho et à la publication de son premier livre, 'La Banlieue de Paris' (1949), avec des textes de Blaise Cendrars. La publication du 'Baiser de l'Hôtel de Ville' dans le magazine 'Life' en 1950 le propulse sur la scène internationale. Tout au long de sa carrière, il publiera de nombreux livres et recevra de nombreux prix, dont le Grand Prix National de la Photographie en 1983. Il meurt en 1994, laissant une œuvre qui continue de définir l'image de Paris dans l'imaginaire collectif.
Caracteristiques
Plusieurs traits définissent le style Doisneau : 1) **L'Humanisme** : Une bienveillance fondamentale envers ses sujets, qu'il photographie sans misérabilisme ni jugement. 2) **L'Humour et la Poésie** : Un sens aigu de l'absurde et du détail cocasse, transformant une scène banale en une petite comédie ou un haïku visuel. 3) **La Mise en scène assumée** : Contrairement à une légende tenace, Doisneau reconnaissait avoir parfois mis en scène ses images, notamment 'Le Baiser'. Pour lui, l'important était la vérité du sentiment, pas la pure authenticité documentaire. Il recréait des scènes qu'il avait observées. 4) **L'Attachement au territoire** : Paris, et surtout sa banlieue sud (Montrouge, Gentilly), sont ses terrains de jeu privilégiés, qu'il explore inlassablement. 5) **La Narration** : Chaque photo raconte une histoire, suggère une avant et un après, invitant le spectateur à imaginer la vie des personnages.
Importance
Robert Doisneau est bien plus qu'un photographe populaire ; il est un témoin essentiel de l'évolution sociale et urbaine de la France au XXe siècle. Son travail constitue une archive inestimable des modes de vie, des métiers disparus et de l'atmosphère d'une époque. Il a contribué à forger l'image romantique et pittoresque de Paris à travers le monde, une image qui perdure dans le tourisme et la culture populaire. Son influence est immense sur la photographie de rue et l'ethnographie visuelle. En célébrant l'ordinaire, il a élevé le quotidien au rang d'art, rappelant que la beauté et l'émotion résident dans les instants partagés et les rencontres fugaces. Il incarne l'idéal du photographe comme promeneur attentif et poète du réel.
