Introduction
André Kertész est une figure majeure et pionnière de la photographie du XXe siècle. Son parcours, de Budapest à Paris puis New York, a façonné une œuvre d'une immense sensibilité, où l'instantané poétique prime sur l'événement spectaculaire. Souvent décrit comme le « photographe des petits riens », il a élevé la scène de la vie quotidienne au rang d'art, inventant un langage visuel unique qui a profondément marqué l'histoire du médium.
Description
L'œuvre de Kertész est vaste et diverse, couvrant plus de sept décennies. Elle se distingue par son approche lyrique et spontanée. Il ne cherchait pas le sensationnel, mais plutôt la révélation de la beauté et de la mélancolie dans l'ordinaire : une main tenant un journal, une ombre portée sur un mur, un homme lisant sur un banc, la vue plongeante depuis sa fenêtre. Son style est immédiatement reconnaissable à ses compositions géométriques rigoureuses, souvent basées sur des jeux d'ombres et de lumières, des reflets, et des perspectives inhabituelles. Il maîtrisait parfaitement l'art du cadrage pour créer des images équilibrées, dynamiques et chargées d'émotion. Sa série des « Distorsions » (1933), où il photographie des modèles nus dans des miroirs déformants, témoigne de son esprit expérimental et de son intérêt pour la forme pure.
Histoire
Né Kertész Andor à Budapest en 1894, il achète son premier appareil photo en 1912. Sa jeunesse est marquée par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il sert dans l'armée austro-hongroise et réalise des clichés poignants de la vie des soldats. En 1925, il s'installe à Paris, capitale des avant-gardes. Il y connaît rapidement le succès, publie dans des magazines prestigieux comme *Vu* et *Art et Médecine*, et fréquente l'avant-garde artistique (Mondrian, Chagall, Calder). Cette période parisienne (1925-1936) est extrêmement féconde et constitue le cœur de son œuvre. En 1936, un contrat avec l'agence Keystone l'amène à New York. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale le contraint à y rester. Cette période américaine fut d'abord difficile ; il se sentit incompris par le milieu photographique commercial et resta longtemps dans l'ombre. Ce n'est qu'à partir des années 1960 et 1970, grâce à des expositions rétrospectives majeures (au MoMA en 1964, au musée d'Art moderne de la Ville de Paris en 1977), qu'il reçut enfin la reconnaissance internationale qu'il méritait. Il continua à photographier jusqu'à sa mort en 1985, laissant derrière lui plus de 100 000 négatifs.
Caracteristiques
Les caractéristiques principales de son travail sont : 1) **L'humanisme et la poésie du quotidien** : Ses sujets sont les gens simples, les scènes de rue, les objets familiers, saisis avec empathie. 2) **Le sens de la composition géométrique** : Il structure ses images avec des lignes, des courbes et des formes abstraites, créant un équilibre parfait entre le réel et la géométrie. 3) **Les perspectives et les cadrages innovants** : Il photographie souvent en plongée ou en contre-plongée, utilise les reflets dans les vitrines ou les flaques d'eau, et cadre de manière serrée pour concentrer l'attention. 4) **Le jeu avec l'ombre et la lumière** : Les ombres deviennent des acteurs à part entière de ses compositions, ajoutant du mystère et de la profondeur. 5) **L'instantané décisif** : Bien avant Cartier-Bresson qui le reconnaîtra comme une influence majeure, Kertész capturait « le moment » où la forme et le contenu s'équilibrent parfaitement.
Importance
L'importance d'André Kertész est immense. Il est considéré comme un précurseur essentiel du photojournalisme moderne et de la photographie de rue subjective. Son influence sur Henri Cartier-Bresson, qui le surnommait « notre père à tous », est capitale. Brassaï, qu'il initia à la photographie, lui doit également beaucoup. Kertész a démontré que la photographie pouvait être un moyen d'expression artistique à part entière, au même titre que la peinture, sans avoir besoin d'illustrer un texte ou un événement. Il a libéré le regard photographique de la simple documentation pour l'orienter vers une interprétation poétique et personnelle du monde. Son héritage perdure aujourd'hui chez tous les photographes qui cherchent à révéler l'extraordinaire dans l'ordinaire.
