Introduction
« Les Misérables » est bien plus qu'un roman ; c'est une somme, une fresque historique, sociale et philosophique. Considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature mondiale, il explore les thèmes du bien et du mal, de la loi, de la justice, de la religion, de l'amour et de la révolution. Par son ampleur narrative et sa puissance émotionnelle, il donne une voix et une dignité aux « misérables », les laissés-pour-compte de la société.
Contexte
Victor Hugo commence à y penser dès les années 1830, mais l'écriture intensive a lieu pendant son exil, principalement à Guernesey, entre 1860 et 1862. Exilé par Napoléon III après le coup d'État de 1851, Hugo transforme son projet initial en une œuvre engagée, nourrie par son indignation face à l'injustice sociale et son expérience de l'oppression politique. La publication, simultanée à Bruxelles, Paris, Londres et ailleurs, est un événement éditorial sans précédent, attendu avec une immense curiosité.
Description
L'œuvre, divisée en cinq parties (« Fantine », « Cosette », « Marius », « L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis », « Jean Valjean »), suit plusieurs destins entrelacés sur près de vingt ans (1815-1833). Jean Valjean, libéré du bagne mais rejeté par la société, est sauvé par la bonté de l'évêque Myriel. Devenu sous une fausse identité un industriel et un maire respecté, il protège Fantine, ouvrière mourante, et promet d'élever sa fille Cosette, exploitée par les Thénardier. Sa trajectoire croise celle de l'impitoyable inspecteur Javert, incarnation de la loi aveugle, et plus tard celle du jeune révolutionnaire Marius Pontmercy, amoureux de Cosette. Le récit culmine avec l'insurrection républicaine de juin 1832 sur les barricades de Paris.
Analyse
Le roman est une construction magistrale où le récit individuel s'élargit constamment à une dimension collective et symbolique. Hugo utilise des procédés typiquement romantiques : le mélange des genres (du drame à l'épopée, du pamphlet à la méditation), les contrastes violents (la sainteté de l'évêque face à la bassesse des Thénardier), et le goût pour le grotesque et le sublime. Les personnages sont souvent des archétypes (Valjean est le Rédempteur, Javert la Loi, Gavroche l'Esprit de Paris) servant une vision morale et politique. Les fameuses digressions (sur Waterloo, l'argot, les couvents, les égouts de Paris) ne sont pas des hors-sujets mais des éléments essentiels à la compréhension du « livre du peuple » que voulait écrire Hugo.
Histoire
Dès sa parution, le roman connaît un succès populaire foudroyant en Europe et au-delà, malgré des critiques parfois sévères (on lui reproche sa sentimentalité et ses positions sociales). Il devient rapidement un pilier de la culture française. L'œuvre a été adaptée d'innombrables fois au théâtre, au cinéma (dès 1909), et surtout dans la célèbre comédie musicale de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil (1980), qui a popularisé l'histoire à l'échelle planétaire. Les manuscrits, longuement travaillés et corrigés, sont aujourd'hui des trésors conservés dans plusieurs institutions.
Influence
« Les Misérables » a profondément influencé la perception de la pauvreté et de la justice sociale. Son plaidoyer pour l'éducation, les droits des enfants et la réhabilitation des criminels a eu un écho dans les débats du XIXe et du XXe siècles. Il a inspiré des réformateurs et des révolutionnaires du monde entier. Sur le plan littéraire, il a marqué l'apogée du roman à thèse et de la figure de l'écrivain engagé. Son univers et ses citations (« C'est une histoire de l'avenir », « L'œil était dans la tombe et regardait Caïn ») sont ancrés dans la mémoire collective, faisant de ce livre un monument de la conscience humaine.
