D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

1897-1898Boston, États-Unis,

Considéré comme le testament artistique et philosophique de Paul Gauguin, ce vaste tableau peint à Tahiti est une fresque allégorique explorant les cycles de la vie, de la naissance à la mort, et les mystères de l'existence humaine.

Introduction

D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? est l'œuvre majeure de la période tahitienne de Paul Gauguin. Conçue comme une synthèse de sa pensée et de son art, elle représente l'apogée de sa quête d'un paradis primitif et de vérités spirituelles fondamentales. Plus qu'un simple tableau, c'est une méditation picturale sur la condition humaine, réalisée dans un moment de profonde crise personnelle.

Contexte

Gauguin peint cette œuvre à la fin de l'année 1897, à Punaauia, Tahiti. Il est alors dans un état de profond désespoir : il est malade, criblé de dettes, et vient d'apprendre la mort de sa fille préférée, Aline. Il envisage même le suicide. Il décide de peindre une dernière grande œuvre avant de mettre fin à ses jours, qu'il considère comme son testament artistique et philosophique. Il écrit à son ami Daniel de Monfreid qu'il a « mis là, avant de mourir, toute [son] énergie, une telle passion douloureuse dans des circonstances terribles, et une vision si claire sans corrections ». Finalement, il ne se suicide pas après l'avoir achevée.

Description

La composition se lit de droite à gauche, selon les indications de Gauguin. À droite, un bébé endormi, trois jeunes femmes accroupies et un « personnage colossal » accroupi, les bras levés, symbolisent le début de la vie et l'éveil à la conscience. Au centre, le groupe principal figure l'âge adulte : deux femmes vêtues de paréo rouge discutent, un personnage cueille un fruit (évoquant la tentation et la connaissance), et au centre, un jeune homme debout cueille un fruit d'un arbre, représentant peut-être l'Éden ou le quotidien. À gauche, une « vieille femme approchant la mort » est assise, les mains sur les oreilles, à côté d'un « oiseau étrange » (un héron blanc) tenant un lézard, symbolisant la vanité des mots face à la mort. En arrière-plan, une idole bleue (la déesse Hina) domine la scène, et le paysage tahitien stylisé, avec la mer et l'île de Moorea, forme un décor onirique. Les couleurs sont plates, intenses et non naturalistes, avec de larges aplats de bleu, de vert et d'ocre jaune.

Analyse

L'œuvre est une synthèse du style symboliste de Gauguin. Elle rejette le réalisme et l'impressionnisme pour privilégier l'expression des idées par la couleur, la ligne et la composition. Le titre, inscrit dans le coin supérieur gauche, guide la lecture philosophique. La narration cyclique (de la naissance à la mort) est une constante dans les cultures primitives que Gauguin admire. L'idole bleue représente le monde spirituel et mystérieux des Maori. Les poses hiératiques des personnages évoquent les frises égyptiennes ou les bas-reliefs javanais, témoignant de l'intérêt de Gauguin pour les arts non-occidentaux. La couleur est utilisée de manière émotionnelle et symbolique (le rouge de la passion terrestre, le bleu du spirituel, le jaune de la lumière divine).

Histoire

Gauguin envoie le tableau à Paris en 1898 pour l'exposer à la galerie Vollard. L'accueil est mitigé, certains critiques le trouvant incompréhensible. Lassé du peu de succès et de compréhension, Gauguin l'inclut dans une vente aux enchères en 1903, peu avant sa mort. Il est acheté pour 2 500 francs par un collectionneur et passe par plusieurs mains avant d'être acquis en 1936 par le Museum of Fine Arts de Boston grâce à un fonds spécial, où il est conservé depuis.

Influence

Cette œuvre est devenue une icône de l'art moderne, annonçant le primitivisme du XXe siècle et l'usage de l'art comme moyen d'expression philosophique. Elle a influencé les Nabis et les Fauves par son traitement de la couleur. Son questionnement existentiel et sa structure narrative cyclique résonnent dans l'art contemporain. Elle est souvent citée comme l'un des premiers grands manifestes de la peinture symboliste et une pierre angulaire dans la transition vers l'art moderne, où le sujet intérieur prime sur la représentation du monde extérieur.

Anecdotes

Sources

  • Gauguin, Paul. "Lettres à Daniel de Monfreid." 1898.
  • Brettell, Richard R. et al. "The Art of Paul Gauguin." National Gallery of Art, Washington, 1988.
  • Dorra, Henri. "The Symbolism of Paul Gauguin." University of California Press, 2007.
  • Fiche œuvre, Museum of Fine Arts, Boston.
  • Chassé, Charles. "Gauguin et le groupe de Pont-Aven." H. Floury, 1921.
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