Introduction
Émergeant en France vers 1848, en réaction au romantisme et à l'art officiel des Salons, le Réalisme est un mouvement qui prône une observation et une représentation fidèle de la réalité contemporaine. Il s'étend à la peinture, la littérature, la sculpture et le théâtre. Son chef de file, Gustave Courbet, en formule le manifeste en 1855, déclarant vouloir 'traduire les mœurs, les idées, l'aspect de mon époque, selon mon appréciation'. Le mouvement s'inscrit dans un contexte de transformations sociales radicales (révolutions industrielles, urbanisation, montée des idées socialistes) et aspire à un art démocratique et engagé.
Description
Le Réalisme se définit par sa volonté de rompre avec les sujets historiques, mythologiques, religieux ou allégoriques privilégiés par l'Académie. Il porte son regard sur la vie quotidienne, le travail, les paysages ordinaires et les figures souvent ignorées par l'art : paysans, ouvriers, petits bourgeois. La recherche de la vérité prime sur la recherche du beau idéal. En peinture, cela se traduit par une technique souvent vigoureuse, un souci du détail concret, une palette de couleurs terreuses et une composition qui évite le dramatique théâtral. En littérature, avec des auteurs comme Gustave Flaubert, Honoré de Balzac (précurseur) et Guy de Maupassant, le style vise la précision, l'objectivité et l'analyse psychologique et sociale minutieuse.
Histoire
Les prémices du Réalisme apparaissent dans les années 1840 avec des peintres comme Jean-François Millet et ses scènes de la vie paysanne. L'événement fondateur est le refus par le jury de l'Exposition Universelle de Paris de 1855 de plusieurs toiles de Courbet. En réponse, l'artiste organise sa propre exposition, 'Le Pavillon du Réalisme', où il expose une quarantaine d'œuvres, dont son monumental 'Un enterrement à Ornans' (1849-50) et 'L'Atelier du peintre' (1855). Ces œuvres, par leur taille habituellement réservée à la peinture d'histoire et leur sujet trivial, font scandale. Le mouvement se diffuse en Europe (Wilhelm Leibl en Allemagne, les Macchiaioli en Italie) et influence profondément les générations suivantes. Il décline à la fin des années 1860, laissant place à des explorations nouvelles de la réalité comme l'Impressionnisme, qui en conserve l'attachement au contemporain mais en modifie la technique.
Caracteristiques
1. Sujets contemporains : Scènes de la vie quotidienne, du travail (les moissonneurs, les casseurs de pierres), portraits sans idéalisation, paysages sans embellissement. 2. Objectivité et refus de l'idéalisation : Représentation fidèle, y compris de la laideur, de la fatigue, de la pauvreté. 3. Engagement social : Dénonciation implicite ou explicite des conditions de vie des classes laborieuses et critique des inégalités sociales. 4. Technique picturale : Touche souvent épaisse et visible (empâtement), palette sobre dominée par les ocres, les bruns et les gris, éclairage uniforme sans effets dramatiques. 5. Composition : Mise en page frontale et souvent monumentale, donnant une dignité nouvelle à des sujets considérés comme vulgaires. 6. En littérature : Narration omnisciente ou focalisée, style précis et descriptif, développement de personnages complexes évoluant dans un milieu social déterminant.
Importance
Le Réalisme marque un tournant décisif dans l'histoire de l'art occidental. Il libère l'artiste de l'obligation de traiter des grands sujets et ouvre la voie à toutes les avant-gardes modernes. En affirmant l'autonomie de l'artiste et le droit de représenter le présent, il prépare le terrain pour l'Impressionnisme, le Naturalisme (Émile Zola) et même certaines formes d'art documentaire du XXe siècle. Son influence est immense sur la photographie naissante, qui incarne l'idéal de reproduction mécanique du réel. Philosophiquement, il est lié au positivisme d'Auguste Comte et au développement des sciences sociales. Il pose les bases de l'art engagé et de la critique sociale par l'image et le récit, une tradition qui perdure jusqu'à nos jours.
