Introduction
Le Maniérisme émerge en Italie dans les années 1520, dans le sillage des grands maîtres de la Haute Renaissance comme Raphaël et Michel-Ange. Né dans un contexte de crise politique et religieuse (le sac de Rome en 1527, la Réforme protestante), il marque une rupture avec les idéaux d'harmonie, de proportion et de clarté narrative de la période précédente. Le terme 'maniérisme', dérivé de l'italien 'maniera' (style), était à l'origine péjoratif, désignant un art trop préoccupé par le style personnel et l'imitation affectée des grands maîtres. Il est aujourd'hui reconnu comme un mouvement à part entière, expression d'une époque d'incertitude et de recherche intellectuelle.
Description
Le Maniérisme se définit avant tout par sa volonté de dépasser la nature pour créer un art raffiné et intellectuel. Les artistes ne cherchent plus à imiter le monde naturel avec fidélité, mais à le réinterpréter à travers le filtre de leur 'manière' personnelle et de la culture de cour. L'art devient un jeu d'esprit, destiné à un public érudit capable d'en décoder les complexités. La figure humaine est le sujet central, mais elle est souvent déformée : allongée de manière élégante (les 'figures serpentines'), tordue dans des poses contorsionnées et instables (le 'contrapposto' exagéré). Les compositions sont denses, asymétriques, avec des perspectives irrationnelles et des espaces comprimés. La palette de couleurs est volontairement artificielle, avec des tons acides, froids et métalliques (roses, verts acides, orangés vifs) qui renforcent le sentiment d'irréalité.
Histoire
Le mouvement naît à Florence et Rome dans les ateliers des disciples de Michel-Ange et de Raphaël, comme Jacopo Pontormo et Rosso Fiorentino, dont les œuvres des années 1520 (comme 'La Déposition de Croix' de Pontormo) annoncent la rupture. Il se diffuse ensuite dans les cours princières d'Italie (notamment à la cour des Médicis à Florence avec Bronzino, et à celle des Gonzague à Mantoue avec Giulio Romano) où son intellectualisme et son élégance sont très appréciés. Le style se propage en France à l'école de Fontainebleau sous François Ier, en Espagne avec El Greco, et dans les Flandres. Le Maniérisme décline à la fin du XVIe siècle, progressivement remplacé par le Baroque qui, en réaction, recherche une plus grande émotion directe, un naturalisme et une clarté narrative.
Caracteristiques
1. **Figura Serpentinata** : Figures aux formes allongées et sinueuses, souvent en spirale, créant une impression d'élégance et de tension dynamique. 2. **Complexité et artificialité** : Compositions encombrées, perspectives irrationnelles, espaces ambigus et peu profonds. 3. **Couleurs arbitraires** : Palette de couleurs non naturalistes, souvent froides, acides et métalliques, utilisées pour leur valeur expressive et décorative. 4. **Érudition et allégorie** : Sujets complexes, souvent allégoriques ou mythologiques, nécessitant une connaissance approfondie de la littérature et de la philosophie. 5. **Élégance et sophistication** : Recherche d'une beauté raffinée, précieuse, parfois froide et distante, particulièrement visible dans les portraits de cour. 6. **Torsion et instabilité** : Poses exagérément compliquées, déséquilibre des postures, expressivité maniérée des gestes et des regards.
Importance
Le Maniérisme est crucial dans l'histoire de l'art car il représente la première grande rupture avec l'idéal classique. Il affirme la primauté de la vision subjective de l'artiste et ouvre la voie à l'expressionnisme et à l'art moderne. En valorisant le style personnel ('la maniera'), il contribue à l'émergence de la notion d'artiste comme créateur intellectuel, et non plus seulement comme artisan. Son influence se retrouve dans l'art baroque (pour son dynamisme), mais aussi, beaucoup plus tard, dans des mouvements comme le Symbolisme ou l'Art Nouveau pour son esthétisme et ses lignes sinueuses. Il a également joué un rôle majeur dans la formation d'un art de cour international et sophistiqué à travers l'Europe.
