Introduction
Psychose est un film charnière qui a redéfini le genre horrifique et marqué un tournant dans la carrière d'Alfred Hitchcock. Adapté du roman du même nom de Robert Bloch, lui-même vaguement inspiré des crimes du tueur en série Ed Gein, le film a brisé les conventions narratives et stylistiques de son époque. Produit avec un budget modeste et tourné rapidement avec l'équipe de la série télévisée "Alfred Hitchcock Presents", il est devenu un phénomène culturel et un succès critique et commercial retentissant. Hitchcock, en achetant les droits du roman de manière anonyme et en maintenant un secret absolu sur le scénario, a orchestré une expérience cinématographique unique pour le public.
Description
Psychose est un chef-d'œuvre de tension et de subversion. Hitchcock utilise le noir et blanc, non par économie, mais pour atténuer la violence de l'écoulement du sang et renforcer l'aspect graphique des ombres et lumières. La photographie de John L. Russell et la conception sonore révolutionnaire (notamment les cris stridents des violons composés par Bernard Herrmann pendant la scène de la douche) sont des éléments clés de l'atmosphère oppressante. Le film se distingue par sa structure narrative audacieuse : il tue son personnage principal, Marion Crane (Janet Leigh), au bout d'un tiers du film, transférant l'attention du spectateur sur Norman Bates (Anthony Perkins) et la sœur de Marion, Lila (Vera Miles), en quête de vérité. Le motel Bates et la sombre maison victorienne qui le surplombe deviennent des personnages à part entière, des lieux de psyché fracturée.
Histoire
Marion Crane, une secrétaire de Phoenix, s'enfuit avec 40 000 dollars que son employeur lui a confiés. Après une longue route sous la pluie, épuisée et prise de remords, elle s'arrête pour la nuit au motel Bates, isolé sur une route secondaire. Le propriétaire, Norman Bates, un jeune homme timide et troublé, lui propose un sandwich et une conversation. Il vit dans la maison voisine avec sa mère, une femme possessive et violente dont on entend les reproches. Cette nuit-là, Marion est sauvagement assassinée dans la douche du motel par une silhouette féminine. Norman découvre le corps et, paniqué, nettoie la scène et fait disparaître la voiture et les affaires de Marion dans un marais. Plus tard, un détective privé engagé par l'employeur de Marion, Arbogast, enquête au motel. Après avoir interrogé Norman, il monte à la maison et est lui aussi brutalement tué. La sœur de Marion, Lila, et son petit-ami, Sam Loomis, reprennent l'enquête. Avec l'aide du shérif, ils découvrent que la mère de Norman, Norma Bates, est morte depuis dix ans, empoisonnée avec son amant. Leur investigation les mène finalement à la vérité : Norman, souffrant d'un trouble dissociatif de l'identité, a conservé le corps de sa mère momifié et a développé une personnalité qui l'incarne. C'est « la mère » en lui qui a commis les meurtres, par jalousie envers les femmes qui attiraient l'attention de Norman. Le film se termine sur Norman, totalement assimilé à sa mère, assis dans une cellule, tandis que la voix de « mère » explique comment elle n'est responsable de rien.
Caracteristiques
Le film est un modèle de construction narrative et de mise en scène. La célèbre scène de la douche, montée en 78 plans en 45 secondes par Saul Bass (qui conçut aussi le storyboard) et George Tomasini, crée une illusion de violence extrême sans jamais montrer le couteau pénétrant la chair. Le regard à la caméra du mort (l'œil de Marion) et la spirale de l'écoulement dans le siphon sont des images marquantes. Le personnage de Norman Bates, interprété avec une inquiétante ambiguïté par Anthony Perkins, est une étude psychologique complexe de la folie et de la relation mère-fils aliénante. Le film utilise des thèmes freudiens (complexe d'Œdipe, dissociation) et explore la dualité de l'être humain. La musique de Bernard Herrmann, exclusivement pour cordes, est indissociable de l'identité du film, servant de cri intérieur aux personnages.
Importance
Psychose a eu un impact colossal sur le cinéma. Il a popularisé le « slasher » (même si le tueur n'utilise pas de machette) et a établi de nombreux codes du genre : le tueur au passé traumatique, le lieu isolé, la victime « punie » pour sa sexualité (thème discuté mais souvent analysé). Il a changé les pratiques des salles de cinéma en instaurant la règle de ne pas laisser entrer les spectateurs après le début de la séance. Sur le plan économique, il a démontré la puissance du marketing et du « buzz » autour d'un secret. Culturellement, il a profondément marqué l'imaginaire collectif, au point que la scène de la douche est l'une des plus parodiées et hommagées. Le film a aussi influencé la façon dont les cinéastes abordent la violence et la psychologie à l'écran. Il est régulièrement cité parmi les plus grands films de tous les temps et a été préservé par le National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès américain.
