Le Parrain

Épopée cinématographique de Francis Ford Coppola, Le Parrain (1972) narre la saga de la famille mafieuse Corleone dans l'Amérique d'après-guerre. Le film suit la transformation de Michael Corleone, fils réticent, en chef impitoyable d'un empire criminel. Chef-d'œuvre du cinéma, il mêle drame familial, étude du pouvoir et réflexion sur l'identité américaine.

Introduction

Le Parrain, sorti en 1972, est un film américain de gangsters réalisé par Francis Ford Coppola, adapté du roman à succès de Mario Puzo. Produit par Paramount Pictures, il est considéré comme l'un des films les plus influents et les plus acclamés de l'histoire du cinéma. Il a remporté trois Oscars, dont celui du meilleur film, et a défini l'esthétique et la narration du genre pour des décennies. Le film est célèbre pour son casting légendaire, sa photographie sombre, sa partition musicale iconique et son exploration profonde de thèmes comme la famille, le pouvoir, la corruption et la perte de l'innocence.

Description

Le Parrain est une fresque dramatique qui opère sur plusieurs niveaux. En surface, c'est un récit captivant sur la mafia, avec ses codes, ses violences et ses luttes de pouvoir. Mais son essence réside dans l'étude psychologique de ses personnages, en particulier Michael Corleone. Le film fonctionne comme une tragédie shakespearienne moderne, où la loyauté familiale et l'ambition personnelle entrent en conflit fatal. La mise en scène de Coppola est magistrale, utilisant des plans longs et des compositions picturales pour créer une atmosphère à la fois intime et épique. La photographie de Gordon Willis, surnommée "le noir de jais", plonge les scènes intérieures dans des ombres expressionnistes, symbolisant la moralité obscure du monde des Corleone. La musique de Nino Rota, avec son thème principal mélancolique, est devenue indissociable de l'œuvre.

Histoire

L'histoire commence en 1945, lors du mariage de Connie Corleone, fille de Don Vito Corleone, patriarche respecté de la famille. Le Don, interprété par Marlon Brando, refuse de s'associer à Virgil Sollozzo, un baron de la drogue, protégeant ses intérêts traditionnels. Cet affront déclenche une guerre des gangs. Vito est victime d'une tentative d'assassinat. Son fils aîné, Sonny, prend les rênes avec impulsivité, tandis que son fils cadet, Michael, un vétéran décoré qui avait pris ses distances avec l'entreprise familiale, est progressivement aspiré dans le conflit. Après avoir éliminé Sollozzo et un chef de police corrompu lors d'un dîner célèbre, Michael doit se réfugier en Sicile. À son retour, il prend la succession de son père vieillissant. Le film culmine avec une série de meurtres synchronisés le jour du baptême de son neveu, où Michael, devenant parrain, élimine tous ses rivaux d'un coup, achevant sa métamorphose en seigneur du crime froid et calculateur.

Caracteristiques

Le film se distingue par plusieurs caractéristiques majeures. Son casting est historique : Marlon Brando livre une performance monumentale, Al Pacino incarne la transformation glaçante de Michael, et James Caan, Robert Duvall, Diane Keaton complètent une distribution parfaite. La structure narrative est complexe, mêlant plusieurs intrigues sur une période de dix ans. Les dialogues, souvent cités, sont à la fois naturels et hautement stylisés. Le film est également une capsule temporelle des années 1940-1950, avec une attention méticuleuse aux costumes, aux décors et aux voitures. Il établit des codes visuels du genre : les scènes dans le bureau sombre du Don, les réunions de famille, la violence soudaine et brutale contrastant avec des moments de calme solennel.

Importance

L'importance du Parrain est colossale. Il a révolutionné le cinéma de gangsters en lui donnant une profondeur dramatique et une légitimité artistique inédites. Il a redéfini la carrière de Coppola, Pacino et Brando, et sauvé Paramount de la faillite. Culturellement, il est entré dans le langage courant, ses répliques et ses images étant constamment référencées. Il a influencé d'innombrables réalisateurs et séries (Les Soprano en étant un héritier direct). Le film est étudié dans les écoles de cinéma pour sa direction d'acteurs, sa photographie et son montage. Il est régulièrement classé parmi les deux ou trois plus grands films de l'histoire par les critiques et les professionnels. Sa suite, Le Parrain II, est considérée comme l'une des rares suites à égaler, voire surpasser, l'original.

Anecdotes

Le refus de Paramount

Le studio Paramount ne voulait ni de Francis Ford Coppola (considéré comme trop jeune et inexpérimenté) ni de Marlon Brando (jugé difficile et au box-office déclinant) pour le rôle de Vito Corleone. Coppola a dû se battre pour les imposer. Le test d'écran de Brando, où il s'est lui-même maquillé avec de la mousse à raser dans les joues, a finalement convaincu les dirigeants.

Le chat improvisé

Le chat que Marlon Brando caresse dans la scène d'ouverture n'était pas dans le script. Coppola l'a trouvé errant sur le plateau et l'a placé sur les genoux de l'acteur. Brando a improvisé en le caressant, ajoutant une touche de paternalisme et de sérénité trompeuse au personnage du Don. Le chat a ronronné si fort que certaines de ses répliques ont dû être ré-enregistrées en post-production.

La véritable tête de cheval

Pour la scène choc où le producteur de cinéma Jack Woltz se réveille avec la tête de son cheval préféré dans son lit, l'équipe a utilisé une tête de cheval véritable, achetée à une boucherie pour chiens. La réaction d'horreur de l'acteur John Marley est authentique ; il n'avait pas été prévenu de ce à quoi ressemblerait le accessoire.

La performance silencieuse de Pacino

Pendant le tournage, les producteurs ont envoyé des memos à Coppola pour se plaindre qu'Al Pacino ne jouait pas bien, le trouvant trop renfermé et inexpressif. Ils ont même envisagé de le remplacer. Coppola a tenu bon, défendant la subtilité et l'intériorité de la performance de Pacino, qui s'avère être la clé de voûte du film et l'une des plus grandes interprétations de l'histoire du cinéma.

L'Oscar refusé de Brando

Marlon Brando a remporté l'Oscar du meilleur acteur pour son rôle, mais a boycotté la cérémonie. Il a envoyé à sa place l'actrice amérindienne Sacheen Littlefeather, qui a refusé le prix au nom de Brando pour protester contre la représentation stéréotypée des Amérindiens dans l'industrie du cinéma. Cet événement est resté l'un des moments les plus marquants de l'histoire des Oscars.

Sources

  • The Godfather DVD Commentary by Francis Ford Coppola
  • The Godfather Papers and Other Confessions by Mario Puzo
  • The Godfather Legacy by Harlan Lebo
  • American Film Institute (AFI) Catalog
  • Academy of Motion Picture Arts and Sciences Archives
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