Lawrence d'Arabie

Épopée cinématographique de David Lean retraçant la vie de T.E. Lawrence, officier britannique qui a uni les tribus arabes lors de la Révolte arabe contre l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. Le film explore les thèmes de l'identité, de l'héroïsme, de l'impérialisme et de la folie, à travers des paysages désertiques grandioses et une mise en scène monumentale.

Introduction

Sorti en 1962, 'Lawrence d'Arabie' est l'un des plus grands films d'aventure et péplums de l'histoire du cinéma. Réalisé par David Lean, avec un scénario de Robert Bolt et Michael Wilson, il est basé sur les écrits autobiographiques de T.E. Lawrence, notamment 'Les Sept Piliers de la Sagesse'. Le film, d'une durée initiale de près de quatre heures, est célèbre pour sa photographie époustouflante, sa partition musicale majestueuse de Maurice Jarre et la performance complexe de Peter O'Toole dans le rôle-titre. Il a remporté sept Oscars, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Description

Le film suit le parcours de Thomas Edward Lawrence (Peter O'Toole), un jeune officier britannique excentrique et brillant, stationné au Caire pendant la Première Guerre mondiale. Son excellente connaissance du monde arabe le fait choisir pour une mission d'observation auprès du prince Fayçal (Alec Guinness), qui mène la révolte contre les Turcs ottomans, alliés de l'Allemagne. Lawrence dépasse rapidement son rôle d'observateur. Séduit par la culture bédouine et animé par un idéal romantique de libération des peuples arabes, il prend la tête de la guérilla. Il réussit l'exploit quasi impossible de traverser le désert du Nefoud pour attaquer le port stratégique d'Aqaba par la terre, une victoire décisive. Il devient 'El Aurens', un héros légendaire vêtu de blanc, capable de rallier des tribus rivales. Cependant, la violence extrême des combats, les manipulations politiques de ses supérieurs britanniques (notamment le personnage cynique de Dryden, joué par Claude Rains) et son propre rapport trouble à la souffrance et au pouvoir le conduisent à une crise profonde. Le film montre sa descente progressive, marquée par le massacre de Tafas, sa capture et sa torture à Deraa, et son désenchantement final face aux promesses non tenues des puissances coloniales après la guerre.

Histoire

La production fut aussi épique que le film lui-même. Tourné sur une période de deux ans en Jordanie, au Maroc, en Espagne (pour les séquences du désert) et aux studios de Shepperton en Angleterre, le tournage fut marqué par des conditions extrêmes, des tensions créatives et un budget qui explosa. David Lean, perfectionniste, exigeait des prises multiples dans la chaleur du désert. Le scénario fut réécrit pendant le tournage, et le montage final, supervisé par Lean après le départ du monteur initial, aboutit à une version de 222 minutes. Le film fut un immense succès critique et public, redéfinissant les standards du cinéma spectacle. Une restauration minutieuse en 1989, supervisée par le directeur de la photographie Freddie Young, a permis de lui redonner toute sa splendeur pour les nouvelles générations.

Caracteristiques

Le film se distingue par plusieurs caractéristiques majeures. Visuellement, il est porté par la photographie en Super Panavision 70mm de Freddie Young, qui capture l'immensité et la beauté hypnotique du désert avec des plans larges devenus iconiques (comme l'entrée en scène de Sherif Ali, ou la traversée du Nefoud). La musique de Maurice Jarre, dominée par le thème principal aux cuivres, est indissociable de l'image. La structure narrative est celle d'une tragédie classique, suivant l'ascension et la chute de son héros. Les dialogues de Robert Bolt sont à la fois poétiques et incisifs. Les performances d'acteurs sont remarquables, avec Peter O'Toole (dans son premier grand rôle), Omar Sharif (dans le rôle du loyal Sherif Ali), Alec Guinness, Anthony Quinn (Auda abu Tayi), Jack Hawkins (le Général Allenby) et Claude Rains.

Importance

'Lawrence d'Arabie' est un pilier de l'histoire du cinéma. Il a influencé des générations de cinéastes, de Steven Spielberg à Denis Villeneuve. Il a établi David Lean comme le maître du film épique et a lancé la carrière internationale de Peter O'Toole et Omar Sharif. Au-delà du spectacle, le film offre une réflexion profonde et ambiguë sur le colonialisme, le nationalisme et la construction des mythes. Il questionne la figure du héros occidental en montrant les limites de l'interventionnisme et les conséquences personnelles dévastatrices de la guerre. Son traitement du monde arabe, bien que parfois critiqué pour son orientalisme, était pour l'époque plus nuancé que la plupart des productions hollywoodiennes. Il reste une référence incontournable pour sa maîtrise technique, sa puissance narrative et sa complexité thématique.

Anecdotes

Le choix de Peter O'Toole

Le rôle fut initialement proposé à des acteurs établis comme Marlon Brando et Albert Finney, qui le refusèrent. Le producteur Sam Spiegel et David Lean prirent un risque en choisissant le jeune et relativement inconnu Peter O'Toole, qui avait surtout joué au théâtre. Sa performance intense et charismatique fit de lui une star mondiale du jour au lendemain.

La célèbre entrée d'Omar Sharif

L'apparition de Sherif Ali (Omar Sharif) à l'horizon, sortant d'un mirage, est l'une des séquences les plus célèbres du cinéma. Elle fut tournée avec un objectif spécial de 450mm, créant un effet de vibration de l'air. Le tournage de ce seul plan, qui dure quelques minutes à l'écran, prit une journée entière dans la chaleur du désert jordanien.

Un tournage dangereux

Peter O'Toole faillit se tuer lors d'une scène de course à dos de chameau. Son chameau prit peur et partit au galop vers un précipice. O'Toole, qui ne savait pas comment l'arrêter, fut sauvé in extremis par un cascadeur arabe qui rattrapa la monture. L'acteur garda une peur bleue des chameaux pour le reste du tournage.

La scène coupée de l'attaque du train

Une scène spectaculaire montrant Lawrence sauvant un homme tombé sous un train en mouvement lors d'une attaque fut tournée mais finalement coupée au montage. David Lean la jugea trop 'hollywoodienne' et disruptive pour le rythme de la séquence. Des images de cette scène existent toujours dans les archives.

L'hommage de Spielberg

Steven Spielberg, grand admirateur du film, a rendu hommage à la séquence de l'allumette (qui ouvre le film) dans son propre film 'Il faut sauver le soldat Ryan'. La transition du craquement de l'allumette au soleil couchant sur le désert est reprise pour passer de la vieille main de Ryan au cimetière militaire au débarquement en Normandie.

Sources

  • Bolt, Robert. 'The Making of Lawrence of Arabia'. Documents de production.
  • Lean, David (réalisateur). 'Lawrence of Arabia' (Film). 1962.
  • Brownlow, Kevin. 'David Lean: A Biography'. St. Martin's Press, 1996.
  • Academy of Motion Picture Arts and Sciences. '7 Oscars remportés en 1963'.
  • Morris, L. Robert et Raskin, Lawrence. 'Lawrence of Arabia: The 30th Anniversary Pictorial History'. Anchor Books, 1992.
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