Introduction
1917 est une œuvre cinématographique majeure de la fin des années 2010, qui a marqué le paysage du film de guerre par son approche technique audacieuse et son récit immersif. Inspiré en partie par les récits de son grand-père paternel, Alfred Mendes, un vétéran de la Première Guerre mondiale, le réalisateur Sam Mendes a cherché à créer une expérience subjective et immédiate du conflit. Co-écrit avec Krysty Wilson-Cairns, le film a été acclamé par la critique et le public, remportant trois Oscars (Meilleure photographie, Meilleurs effets visuels, Meilleur mixage sonore) et deux Golden Globes (Meilleur film dramatique et Meilleur réalisateur).
Description
Le film se déroule le 6 avril 1917, pendant la Première Guerre mondiale, sur le front occidental. L'histoire est centrée sur deux jeunes soldats du Corps expéditionnaire britannique : les caporaux Schofield (George MacKay) et Blake (Dean-Charles Chapman). Ils reçoivent une mission périlleuse de la part du général Erinmore (Colin Firth) : traverser le no man's land et les lignes ennemies récemment abandonnées pour atteindre le 2e bataillon du régiment du Devonshire. Ce bataillon, qui compte 1 600 hommes, dont le frère de Blake, s'apprête à lancer une attaque que les services de renseignement savent être un piège allemand. Ils doivent donc délivrer l'ordre d'annuler l'offensive avant le lever du jour, sous peine d'un massacre certain. Le film dépeint leur course contre la montre à travers un paysage dévasté, jonché de cadavres, de rats et des vestiges de la guerre.
Histoire
L'intrigue est linéaire et suit en temps réel le périple des deux soldats. Après avoir quitté les tranchées britanniques, ils traversent un no man's land apocalyptique pour atteindre les tranchées allemandes abandonnées. Ils y découvrent un système de tunnels piégés, où Blake est mortellement blessé par un pilote allemand que Schofield avait pourtant tenté de sauver. Schofield doit poursuivre seul la mission, portant le poids de la promesse faite à son ami mourant de sauver son frère. Son voyage le mène à travers une ville en ruines d'Écoust-Saint-Mein, éclairée par les fusées éclairantes, où il affronte un sniper. Il est ensuite emporté par une rivière tumultueuse avant d'échouer dans une forêt où il entend des chants de soldats. Il rejoint finalement le bataillon cible alors que les hommes se préparent à l'assaut. Dans une séquence haletante, il court sous le feu pour atteindre le colonel Mackenzie (Benedict Cumberbatch) et transmettre le message, stoppant l'attaque au dernier moment. Schofield retrouve ensuite le frère de Blake, le lieutenant Joseph Blake (Richard Madden), pour lui annoncer la mort de son frère, avant de s'asseoir seul, épuisé, sous un arbre, contemplant les photos de sa famille.
Caracteristiques
La caractéristique la plus marquante de 1917 est sa mise en scène conçue pour donner l'illusion d'être un unique plan-séquence. Le film est en réalité composé de plusieurs plans extrêmement longs (le plus long durant environ 8 minutes) habilement assemblés par des transitions invisibles (coupures sur des mouvements noirs, passages derrière un objet, etc.). Cette technique, orchestrée par le directeur de la photographie légendaire Roger Deakins, plonge le spectateur dans l'action et renforce le sentiment d'urgence et de continuité du périple. La caméra, souvent à hauteur d'épaule, suit, précède ou enlace les personnages, créant une immersion totale. La bande-son, minimaliste et anxiogène, laisse place aux bruits de la guerre et au silence pesant des zones abandonnées. La direction artistique recrée avec un réalisme saisissant les paysages ravagés de la Somme, des tranchées aux villes en ruines. Le scénario, bien que simple, est un puissant véhicule pour explorer des thèmes universels : le devoir, la fraternité, la perte et l'absurdité de la guerre.
Importance
1917 a renouvelé le genre du film de guerre en privilégiant l'immersion sensorielle et l'expérience individuelle sur la fresque historique ou l'héroïsme traditionnel. Son succès critique et commercial (plus de 384 millions de dollars de recettes mondiales) a démontré l'appétence du public pour des formes narratives audacieuses. Techniquement, il est considéré comme un chef-d'œuvre de cinématographie, consolidant la réputation de Roger Deakins et inspirant une nouvelle génération de cinéastes. Le film s'inscrit aussi dans la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, offrant une vision à la fois épique et intimiste du conflit, centrée sur le sacrifice anonyme des simples soldats. Il est devenu une référence immédiate en matière de réalisation technique et de narration immersive.
